Masturbation et honte

Date janvier 6, 2010

J’ai reçu ce mail aujourd’hui d’une jeune fille qui me sollicitait pour obtenir des témoignages d’autres femmes, car elle souffre d’un rapport problématique à la masturbation. Apparemment, c’est le souvenir de s’être dépucelée seule qui reste un poids honteux pour elle.
Avec son accord, je publie ici son témoignage et sollicite vos témoignages et paroles, qui lui seront sans doute précieuses…

Mon problème depuis le début de l’adolescence est le fait que je considère la masturbation comme quelque chose de sale, honteux, pervers, inavouable. Pourtant, je voudrais penser le contraire. Je n’ai pas de pression familiale ou religieuse, ou morale. Je ne sais pas, quelque chose ne doit pas aller chez moi.
Vers 13, 14 ans, j’ai décidé que tout ce qui était sexuel était détestable.
Après, j’ai vécu une adolescence “normale” je pense, avec des fantasmes et un désir d’amour (en plus, je ne pouvais pas supporter mon corps, à un point si terrible que je refusais toute relation amoureuse d’entrée de jeux, je me sentais moche, repoussante même).
Le problème est que dès que cette idée de mocheté s’est dissipée, j’ai attiré des convoitises, j’ai fait un peu n’importe quoi, j’ai menti sur le fait que j’avais déjà eu des rapports. Tellement menti, et tellement bien, que je donnais des conseils sexuels à des amis.

Puis est venu le plus terrible à mes yeux, chose que je n’ai dite qu’à trois psychiatres, et à demi mot à ma maman, -sans expliquer tout naturellement-.
J’ai enlevé ma virginité seule, de façon très douloureuse.
Presque  sordide. Mais à ce moment, je voyais ça comme une obligation.
J’avais escamoté ça, oublié, pris ça comme un mal nécessaire. A présent, mon mensonge était presque vrai, je n’aurais plus à supporter l’idée que j’ai pu être seule, en manque d’affection. J’ajoute également que mon père a eu apparemment une baisse et même absence d’envie de ma mère, en raison de la dépression de celle-ci et du vieillissement…. et ma mère me l’a dit, ma mère faisait des crises où je l’entendais prendre à partie presque violemment mon père, alors qu’elle l’adore ! Le pire est qu’elle m’en ait parlé, j’ai vécu une sorte d’enfer. Cela m’a traumatisé en un sens. J’ai eu besoin d’amour, tout de suite, je suis sortie avec des gens en me forçant, en espérant que l’on m’aime. ça ne durait pas plus d’un soir, et il ne s’est rien passé).

J’ai rencontré un homme dont j’étais éperdument amoureuse… première fois, etc… On parlait de mariage, d’amour sans fin, le bonheur. Puis: j’ai réalisé que je devais grandir, avouer, j’ai expliqué que j’étais vierge, avant, sans expliquer bien sûr les raisons de l’absence de rupture de l’hymen. Il m’a cru… mais a commencé à être horrible avec moi, me traitant de menteuse, me traitant comme un esclave, continuant à parler de mariage, et à prendre son plaisir sans me dire son amour. Quand j’ai commencé une thérapie, il m’a dit ne pas vouloir en entendre parler. J’ai fini par le quitter. Il me proposait un contrat du genre “je n’aime que toi mais je sors avec d’autres”… Après discussion avec un psychiatre, il en ressort qu’il avait un grave problème. Bref, maintenant, je suis avec un homme doux et compréhensif. Il a des soucis sexuels de désir, mais pas de dégoût pour aucune pratique, et apparemment il n’ a pas de tabou sur quoi que ce soit.
Or depuis quelque temps, je fais une dépression liée au fait que trop de choses encore sont enfouies et douloureuses.
On en revient au problème du début: ça fait plus d’un an que je ne me caresse plus. Je me sens bien comme ça, mais toujours avec cette idée d’éviter l’interdit et d’en être fière. Je n’en ai pas ressenti le besoin non plus. J’ai commencé un traitement pour dormir et  hier, je me suis surprise à me caresser tout doucement. Je me suis retenue, puis je me suis dit et après, où est le mal? Je ne pensais à personne, juste un peu avant à une parole de mon chéri, et  juste cette zone me paraissait endormie et je voulais savoir ce que ça faisais, je ne m’en souvenais plus. Mais maintenant, je me sens honteuse comme tout. Mal avec moi. Je sais que je n’ai pas envie de recommencer, non pas pour des questions de morale mais d’envie. C’était un peu “comme ça”. Peut-être aussi pour faire la paix avec moi sur ces problèmes sexuels, me sentir comme une femme (je suis toute de même un peu frustrée de ne pas faire l’amour avec mon chéri depuis trois mois). Je veux évacuer en moi ces idées de pureté, ces idées que seules les personnes laides (et encore ce n’est pas de leur faute, c’est juste un dégout que je n’arrive pas à m’expliquer) et perverses se touchent.
J’aimerais pouvoir guérir de ça, car cela m’a déjà causé trop de mal.

Voilà, si vous vous reconnaissez dans une partie du témoignage de cette jeune fille, n’hésitez pas à répondre à ce post…

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